Les « bio-matériaux » : une promesse du Grenelle 1
La loi « Grenelle 1 », en son article 34, précisait que « la biodiversité forestière ordinaire et remarquable doit être préservée et valorisée, dans le cadre d’une gestion plus dynamique de la filière bois et dans une perspective de lutte contre le changement climatique » et que, pour atteindre ces objectifs, l’Etat s’engage à soutenir la mise en place d’un label.
Par ailleurs, la même loi précise, en son article 4, que « les normes susmentionnées [réglementation thermique applicable aux constructions neuves] seront adaptées à l’utilisation du bois comme matériau, en veillant à ce que soit privilégiée l’utilisation de bois certifié et, d’une façon plus générale, des bio-matériaux sans conséquence négative pour la santé des habitants et des artisans. »
Une belle promesse restée lettre morte (même si les règles sur l’utilisation du bois évoluent lentement mais surement) ?
Pas vraiment, puisque le MEDDTL (Ministère de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement) propose de mettre en place un label Bâtiment Biosourcé valorisant les bâtiments incorporant une part significative de matériaux bois, mais également de tout autre matériau bio-sourcé, ceux-ci présentant a priori les mêmes atouts environnementaux (captage et stockage de carbone, renouvelabilité de la ressource).
Le projet ne date pas d’aujourd’hui. Le ministère anime un groupe de travail auquel participe notamment le Réseau Construire en Chanvre, le Réseau Français des Constructeurs en Paille, les Amis de la Terre, le CSTB… Le label aurait même dû voir le jour fin 2010 mais il a décidé de se faire désirer et de n’arriver que 2 ans plus tard.
Les éco-matériaux et matériaux biosourcés : de quoi parle-t-on ?
De manière schématique, les éco-matériaux, en plus de remplir les qualités techniques et de durabilité que l’on peut exiger de tout matériau de construction, respecte idéalement 3 autres critères :
- Le respect de l’environnement : un minimum d’énergie sur l’ensemble de son cycle de vie, économies d’énergie pendant la durée de vie du bâtiment, matières premières renouvelables ou recyclées,
- Le respect de la santé et du confort : ne pas nuire à la santé de l’occupant ou de l’artisan, confort de l’habitant,
- Le développement local : mobiliser des ressources locales (y compris emploi), accessibilité au plus grand nombre.
Les éco-matériaux sont par exemple le chanvre, le bois (isolant fibre de bois et système de construction bois, la paille, le liège, la ouate de cellulose, les textiles recyclés (comme l’isolant Métisse). Les matériaux biosourcés regroupent l’ensemble des éco-matériaux issus de la biomasse animale ou végétale (la paille, le chanvre, le bois, la laine de mouton….).
Les matériaux biosourcés : une percée lente mais certaine
Nous en parlions il y a quelques mois, les matériaux biosourcés et autres éco-matériaux trouvent un écho et un intérêt croissant auprès des porteurs de projet d’éco-construction et de rénovation écologique.
D’après l’Association syndicale des industriels de l’isolation végétale (Asiv), les isolants végétaux par exemple représentent aujourd’hui 6% du marché des isolants et pourraient rapidement atteindre les 10%.
Mieux encore, toutes filières confondues (également les filières recyclées), la croissance annuelle des éco-matériaux serait de 30 à 40 % par an ! Le lancement d’un label Bâtiment Biosourcé pourrait donc accélérer cette croissance… mais est-ce bien utile ?
Un label Bâtiment Biosourcé : pourquoi ?
Avouons-le la course aux labels s’avèrent souvent contre-productifs puisqu’elle consiste à entrer dans un cadre (souvent parfois discutable) et peut limiter l’avancée du secteur.
Ces dernières années particulièrement, nous avons vu dans le bâtiment fleurir un ensemble de labels pour les matériaux, sur la question de la performance énergétique (BBC), sur les compétences (éco-artisan)…
Nous remettions par exemple en question l’approche du BBC (Bâtiment Basse Consommation) actuelle qui consiste à respecter les seuils du label BBC, c’est-à-dire ne prendre en compte que la consommation d’énergie, sans s’inquiéter de la nature des matériaux.
Un livre récemment publié passe d’ailleurs au crible l’ensemble de ces labels sur la question de la santé, qui reste aujourd’hui un autre parent pauvre de la construction : Bâtiments, santé, le tour des labels par Suzanne Déoux et Claire-Sophie Coeudevez.
Alors doit-on réellement se réjouir de cet n-ième label ?
Chez Terra Cités, on penche vers le « Oui ». A voir maintenant le contenu exact du label.
L’objectif du label est clairement énoncé par le Ministère : valoriser l’emploi de matériaux biosourcés par des exigences quantitatives (masse de produits) et qualitatives (faible émission de COV, bois issus de forêts gérées durablement,…).
Autrement dit, c’est apporter une visibilité et une lisibilité à des matériaux qui souffrent encore trop de préjugés voir de blocages règlementaires. Les plus :
- Crédibiliser les éco-matériaux
- Inciter les maitres d’ouvrage à s’ouvrir aux alternatives
- Favoriser indirectement les filières courtes, locales
- Valoriser un savoir-faire français, aujourd’hui relégué au second plan (construction paille par exemple).
- …
Le label devrait voir le jour fin 2012.
En attendant, rien ne vous empêche de recourir aux éco-matériaux et matériaux biosourcés !
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Décideurs privés ou publics, vous avez le projet de réaliser un programme de logements bois ?
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