Nous profitons de cette série d’articles « Tout sauf » réalisée avec la Green Team* pour vous faire part d’un coup de gueule dans notre secteur !
Le 1er janvier 2013, toute construction de maison devra respecter la règlementation thermique (RT 2012) qui généralise le BBC « Bâtiment Basse Consommation ». A l’échelle du bâtiment Français, c’est une véritable petite révolution car les performances minimales de cette règlementation sont 4 fois élevées que les constructions actuelles.
Dans un tel contexte, on pourrait s’attendre à voir la construction évoluer vers des nouveaux choix de matériaux et techniques. Et pourtant…
1er bilan BBC : les matériaux traditionnels en tête d’affiche
Regardons du côté des constructions portant le Label BBC jusqu’aujourd’hui. Petite visite sur l’Observatoire BBC :
1. Systèmes constructifs : l’isolation par l’intérieur omniprésente

2. Matériaux de structure : le parpaing dans le top 3 !

Pourquoi est-ce si mal ?
Pour l’isolation par l’intérieur, vous imaginez bien qu’il ne s’agit pas de laine de bois ! En France, la construction traditionnelle opte davantage pour le polystyrène et autres produits pétrochimiques. Mis à part les questions que posent ces matériaux sur leur impact sur la santé, ils ont un impact clairement négatif sur… l’environnement ! Voici une comparaison de l’énergie grise pour quelques isolants (les écobilans par Hespul) :

Sur la base de plusieurs critères, en plus de la valeur isolante, on réalise que les isolants classiques sont loin d’être attractifs !
Alors une maison BBC… ne veut pas dire qu’elle est écologique ! Une maison BBC est une maison performante. Point. Stop à la confusion des genres !
Maintenir le statut quo, pour maintenir les marges !
Les acteurs traditionnels n’ont aucun intérêt à faire évoluer leur manière de travailler (matériaux et techniques). Les tarifs négociés depuis des années sur des matériaux (comme le parpaing ou les isolants issus de la pétrochimie) permettent de proposer des coûts bas aux particuliers… mais aussi de bénéficier de marges intéressantes avec un savoir-faire déjà acquis. Quid de leur capacité à se remettre en question ?
Pourquoi cela nous embête ?
Il n’est pas toujours possible de construire des habitations avec des matériaux biosourcés 100% Français, car oui avouons-le certains matériaux souffrent encore d’un surcoût comparé à des équivalents thermiquement. Mais…
1. Sans tester d’autres techniques, aucune évolution n’est possible
Ce qui est gênant, c’est ce manque de dynamique vers une évolution des pratiques dans le bâtiment.
2. Il n’y a pas que la performance dans la vie !
Et la santé des occupants ? Récemment annoncé, on sait à présent que dès 2012, les produits de construction et de décoration devront obligatoirement porter un étiquetage sur leurs caractéristiques sanitaires (degré d’émissivité). Or dès à présent, on peut choisir des matériaux peu traités et/ou d’origine végétale… sur ces choix, la nature vous dira aussi « merci » !
Des pistes d’évolution ?
Et pourquoi ne pas calquer les aides financières (PTZ et autres crédits d’impôts) sur la performance des futures constructions/rénovations ET les matériaux choisis ? Ce qui pourrait en plus avoir l’intérêt d’accélérer le développement de filières françaises comme le chanvre de construction ?
Utopistes ? Oui nous le sommes depuis notre création. Et nous le répétons : l’utopie d’aujourd’hui est la réalité de demain !
En attendant, vu que les règlementations ne sont pas plus incitatives, nous espérons que la demande tirera ces acteurs vers le haut ! Vous avez un projet ? Opter pour des acteurs qui sont techniquement capables de sortir des sentiers battus, pour vous proposer une habitation performante, mais aussi saine et plus respectueuse de l’environnement !
Découvrez les autres coups de gueule :
*La Green Team est un réseau informel de blogs autour du développement durable qui publie régulièrement une série d’articles sur une thématique commune. D’autres posts à découvrir :
Quelque chose à dire ?
Tiens ton article arrive à point nommé : on a voulu me vendre une maison BBC faussement écolo ce week end, sauf que j’ai l’oeil
N’empêche que j’ai écouté l’argumentation et y a vraiment des points qui font bondir, comme tu dis.
Ceci étant, quand on est particulier engagé dans un vrai projet de maison, saine, écolo on pêche aussi parce que les solutions en local (approvisionnement mais aussi savoir faire dans la pause et maitrise des techniques) sont aussi absentes parfois.
L’analyse des offres de notre projet ne va pas tarder, on va voir ce qui nous revient. A suivre…
un article qui laisse rêveur ….
Cela fait bien 3 ans que l’on essaye de prévenir tout le monde…
que le BBC c’est pas écolo de « nature » (outch le jeu de mot !!)
quand on a vu arriver le parpaing + 10 cm d’isolant intérieur en produit pétro-chimique
Le tout « bouster » à coup de matériel (pompe à chaleur ou gaz qui « consommepasbeaucoupmaiscestdugazquandmemedoncduco2″)
croyez-vous que l’on ne s’est pas levé contre ça …
mais les lobbys ont la vie dur et des marges à respecter !!
Bien vu cet article !!
Tiens, ça me fait penser que mercredi, j’ai une conférence sur la construction BBC béton… Ça craint ! On verra bien ce que ça va donner !
Et j’ai eu des cours de construction, avec deux profs en plein dans le lobby du béton, à nous prouver par A+B que le parpaing était le mieux pour du BBC !
En tout cas entièrement d’accord avec tout ce qui est dit
Je trouve qu’il ne faut pas « jeter bébé et l’eau du bain ».
En effet, cette démarche de rendre les maisons moins energivore au cours de leur vie est déjà un progrès vs l’existant.
Maintenant, tout le monde aimerait mettre de la laine de bois mais le prix reste prohibitif vs la LM.
On a l’impression que dès que l’on colle « ecolo » sur une étiquette, les prix sont multiplié par 2 voir plus.
Pourquoi les matériaux « écolos » sont si cher (alors que souvent issu de déchets et de recyclage comme le metisse et la laine de bois) ? Pourquoi les fabricants ne se lancent pas dans une stratégie de volume avec des prix attractifs ?
Votre article est effectivement très pertinent: les aides financières « condamnent » d’une certaine manière des alternatives pourtant efficaces (d’un point éco-responsable). Malheureusement, les affinités économiques semblent parfois plus importantes que le bon sens…
@Laurence : La disponibilité de la compétence est certes limitative, mais parce que tu as +/- les clés pour comprendre les offres que l’on te fait, tu trouveras le bon fournisseur. Aujourd’hui, des particuliers nous contactent en disant « OK mais en quoi ce matériau est mieux que le parpaing » car ils n’ont pas une connaissance fine et sont simplement obsédés par la « maison BBC » dont on leur parle partout !
@Cédric : Je dis ici ce que nous disons et répétons ailleurs depuis quelques années déjà. Nous sommes clairement opposés à la « performance absolue » surtout si elle se base sur l’obligation de respecter des critères pas irréprochables. Jusqu’à l’application obligatoire de la RT2012, nous pourrons encore dire à nos maitres d’ouvrages « non, vous n’êtes pas obligés de faire certifier votre maison ». Après, il nous faudra respecter ces critères, aussi critiquables soient-ils.
@Romain : Ce qui me tue c’est que les personnes de ta promotion iront demain faire du conseil pour de la construction ! Vous êtes les professionnels de demain !
@L-Dufour : « les affinités économiques » en voilà une bien belle formule ! L’autre question est aussi l’incapacité de certains acteurs à faire évoluer leurs méthodes, parfois vieilles d’un demi-siècle ! C’est une véritable conduite du changement qu’il faut mener dans ce secteur.
ouh la la… intéressant ce qui est écrit là par Esra. Ca me fait penser combien il est facile d’avancer des arguments fallacieux au profit de marges folles. Le commerce est-il à ce point dénué de vie au point d’y insérer autant de chiffres d’affaire débiles et de produits nocifs ?
Merci Esra pour cet état de l’art en matière de BBC. Ca rend le marché plus clair et lisible encore en terme de construction propre.
Je me suis essayé au jeu du « tout sauf », en reprenant un échange que j’ai eu avec mon conseiller d’affaires préféré.
Tout sauf… des villes qui ne peuvent pas manger !
@Gilles : Tout à fait d’accord, faire de la performance est déjà un grand pas. Ce qui nous agace c’est la confusion des genres entre « maison écologique » et « maison bbc ». Une maison bbc est performante, économe, et permet une moindre ponction des énergies (+/- renouvelables) ce qui en soit est respectueux de l’environnement.
La « maison écologique » va plus loin que le performance, intègre les questions d’impact environnementale des matériaux (énergie grise) et l’impact sur la santé des habitants (qualité de l’air intérieur).
Le discours actuel tente de faire passer la maison bbc pour de la maison écologique, et certains acteurs traditionnels savent bien jouer la confusion.
Sur la question des prix : il y a une raison évidente d’économie d’échelles. Le polystyrène expansé représente à lui seul 35% du marché des isolants. Les isolants écologiques ont beau afficher une croissance à 2 chiffres, ils ne représentent (tous ensemble !) que 5% du marché des isolants. Les coûts de certains isolants diminueront avec une augmentation de la demande, ce qui a été le cas de la ouate de cellulose. L’autre possibilité pour la diminution des coûts serait cette stratégie de volume dont vous parlez. Pourquoi ne pas se lancer ?…. Appeler n’importe quel fabricant, il vous répondra « les fonds pardi ! ».
Un professionnel des panneaux de paille compressée souhaitait ouvrir une usine en France pour fabriquer ce produit, qui est une alternative écologique et saine pour les cloisons intérieures. Figurez-vous qu’aucune banque n’a voulu suivre son projet jusqu’à ce qu’il démontre avec l’appui de nombreux professionnels que son produit avait de l’avenir !
Au risque d’être cynique, la vrai démocratisation passera par l’appropriation de ces matériaux par des grands industriels, notamment le club des 20 et ses leaders mondiaux (Isover, Lafarge, Rockwool, Knauf…) qui se partagent les quelques 1,5 milliards d’euros du marché français des matériaux d’isolation ! Ils ont les moyens financiers et surtout les relations qui leur permettent de bloquer l’expansion des autres acteurs… D’ailleurs certains ont déjà commencé comme Isover et sa laine de chanvre.
@Mike : Merci ! Depuis le temps que nous avions envie d’en parler ! J’irais voir ton « tout sauf », ça sent l’autonomie alimentaire tout cela !
Bonjour Esra,
j’ai l’impression qu’en France, on a du mal à voir émerger des leaders des matériaux de constructions écologiques contrairement à l’Allemagne ou à la Suisse où l’on trouve respectivement Steico ou Pavatex dans l’isolation.
Comment expliquer ce phénomène ?
Il ne faut pas se leurrer, le label « maison BBC » est aussi un argument marketing, puisqu’il s’agit effectivement d’un ratio entre la consommation et la perte énergétique de la maison… et qu’il suffit parfois de juste agrandir la superficie d’une maison neuve de quelques m² pour qu’elle devienne BBC.
@Cyrille : Bonjour ! Nous le disons souvent : la France n’a pas vraiment « de retard » lorsqu’on prend en compte le début réel de son intérêt pour l’éco-construction (côté législation) ! Mais ce n’est pas qu’une question de « phase de développement ». Le point essentiel est que nous avons en France une longue tradition de… matériaux polluants. C’est triste à dire mais il faut réaliser qu’un des leaders mondiaux dans les isolants « tradi » est Français (Isover-Groupe Saint Gobain). Et ils savent verrouiller le marché pour ne pas laisser se développer les filières propres, ne serait-ce qu’en travaillant de près avec le CSTB qui délivre des avis techniques si précieux si on souhaite la généralisation d’un matériau !
Je le disais dans ma réponse à Gilles, il est fort possible que demain le leader des matériaux écolo soit un acteur traditionnel comme Isover !
@L-Dufour : Le label BBC et la RT2012 sont effectivement critiquables à bien des niveaux. Je le dis dans mon post, une maison parpaing + isolation intérieure peut-être BBC ! A partir de là, tout est dit !
Bonsoir Esra, article très intéressant, c’est un véritable chemin de croix lorsqu’on se lance dans une construction que l’on souhaite la plus écologique possible. Le chemin est étroit et les choix sont difficiles mais on peut y arriver
Alain
Hello, Je viens d’apprendre beaucoup de choses , merci.
Je vais lire les autres billets demain
Bises
PS : bravo
Bonjour Esra,
Je suis ravie de cette dynamique que vous avez mis en place avec le TOUT SAUF. Bravo pour la clarté de ton article et pour la précision qu’une maison BBC n’est pas focément une maison écolo. Ce que je retiens de ton billet c’est que il est bien mieux d’avoir une maison BBC qu’une maisonnon labellisée. Bien entendu en plus si la maison est écolo c’est le top, mais le coût (aujourd’hui) ne laisse parfois pas beaucoup de choix. Belle semaine et belle journée à toi voisine!
Bonjour Esra,
merci pour ta réponse. J’espère vraiment que les isolants écologiques arriveront à se développer et qu’il y aura un jour assez de place pour que les jeunes pousses françaises présentes dans ce domaine puissent grandir.
A suivre.
Bonjour,
La maison la plus écolo est celle qu’on ne construit pas.
Mitage du territoire, réduction de la biodiversité, énergie grise des matériaux (fussent-ils écologiques), transports,… tant que possible il vaut mieux acheter dans l’ancien et rénover.
Bien sûr, économiquement parlant, pour une surface donnée, il revient souvent moins cher de construire que d’acheter dans l’ancien, car les terrains déjà construits sont plus près des villes et donc plus chers.
Mais c’est là qu’il faut se poser la bonne question : mes convictions en faveur de l’environnement sont-elles suffisamment fortes pour me convaincre d’habiter dans un plus petit logement…
@Alix : très bon raisonnement, auquel j’adhère ! La maison n’est pas un idéal écologique (occupation des sols etc). Il faut plutôt raisonner en terme d’unités de logements nécessaires. Chaque année, la France devrait construire 500 000 nouveaux logements pour faire face aux évolutions démographiques (augmentation population, divorce, immigration notamment).
La question est de savoir comment nous allons combler ce besoin ? Par des maisons individuelles éparpillées, sans une logique d’aménagement durable ? Ou une réponse plus pragmatique avec une « densification » intelligente des villes ? Évidemment le choix 2. Même si en pratique nous nous heurtons à des collectivités et des particuliers qui s’opposent à cette densification, aussi « intelligente » soit-elle…
Il ne faut pas croire que les constructeurs de maisons individuelles ne sont pas prêts à adopter des matériaux écologiques. Les maisons BBC sont un premier pas vers la baisse des déperditions thermiques et le gâchis des ressources énergétiques. Évidemment certaines personnes essaient de contourner le système. Évidemment l’on devrait encourager l’utilisation de matériaux totalement écologiques! Mais ils ne sont pas à la portée de tous et rien n’est fait pour les rendre accessible. Et il y a un vrai business de l’écologie, mené par des personnes peu scrupuleuses…
article très intéressant, quel parcours du combattant lorsqu’on se lance dans une construction que l’on souhaite la plus écologique possible. Le chemin est long, les idées pré concues sont tenaces