L’énergie grise, la partie cachée de l’iceberg vert…

Le vert, c’est à la mode, c’est devenu une couleur qui fait vendre. En achetant « vert » on se sent un peu éco-citoyen… Aujourd’hui on voit du vert partout (attention au marketing vert). Acheter vert, c’est bien, encore faut-il se poser les bonnes questions.

Nous sommes entrés dans une ère où le respect de l’environnement devient indispensable. Alors tout le monde s’empresse de vendre son produit « écologique ». Le problème, c’est qu’on nous parle d’énergies vertes à longueur de journée, sans nous parler d’énergie grise.

L’énergie grise, qu’est-ce que c’est ?

energie-grise3L’énergie grise, c’est l’énergie nécessaire à la fabrication d’un produit, autrement dit à l’extraction des matières premières dont on a besoin pour le fabriquer, au processus de transformation grâce auquel on obtient un produit fini, à son transport, à son stockage, à son utilisation et à sa destruction. L’énergie grise, c’est l’énergie cachée de la naissance à la fin de vie d’un produit, dont on ne nous parle pas ou peu, pourtant elle existe : c’est la partie immergée de l’iceberg.

Même un produit dit de « Classe A », peu consommateur d’énergie à l’utilisation, est consommateur d’énergie grise. Certes, nous payons une écotaxe qui permet le traitement en fin de vie et le recyclage de notre machine à laver, par exemple, mais nous ne disposons pas assez d’informations sur le réel écobilan des produits que nous achetons.

Pourquoi ne connaît-on pas l’énergie grise nécessaire aux produits que nous achetons ?

Si l’énergie grise nécessaire, ou écobilan, n’est pas automatiquement communiquée pour chaque produit, c’est tout d’abord parce que le calcul n’est pas simple. En effet, tellement de critères entrent en jeu, et parfois, un même critère pouvant varier pour un même produit (le transport par exemple), on ne peut obtenir une valeur exacte mais une approximation globale. Si nous avions à disposition un ordre d’idée de l’écobilan des produits que nous achetons, notre choix n’en serait que mieux orienté lors du passage à la caisse.

La complexité du calcul n’est pas la seule raison. En cherchant bien, on trouve l’énergie grise nécessaire à certains produits. Alors pourquoi faut-il aller à la recherche de ces informations, pourquoi ces informations ne viennent-elles pas à nous, pourquoi ces informations ne sont-elles pas visibles sur des emballages pourtant omniprésents ? Peut-être parce que ce genre de précisions va à l’encontre de la consommation de masse, peut-être parce que certains produits se vendraient moins bien si nous connaissions leur empreinte écologique, peut-être que certaines multinationales seraient lésées face à une telle obligation d’information ? Qui dit multinationales, dit probable production lointaine et donc fort taux de transport, d’où une énergie grise imposante, face à des produits plus locaux. Les lobbies des grandes industries y seraient-ils pour quelque chose dans ce manque d’informations ? À nous consommateurs, d’exiger plus de clarté à ce niveau.

L’énergie grise dans le bâtiment, qu’en est-il ?

Comme tous les produits de consommation et d’utilisation, les matériaux de construction sont concernés par l’énergie grise. Certains sont plus complexes à fabriquer que d’autres, ou ont besoin d’une quantité d’eau plus importante, ou encore exigent un entretien plus intense et/ou plus fréquent.

L’énergie grise d’un matériau est souvent ramenée à l’analyse de ses cycles de vie. On peut dire que la fin de vie des matériaux est mieux gérée aujourd’hui, grâce au recyclage et à la gestion des déchets. Parmi la totalité des déchets issus du bâtiment, on considère que 65% sont des déchets inertes comme la pierre, le béton, la brique, qui peuvent être réutilisés tant que leur potentiel le permet, 30% sont des déchets industriels banals comme les emballages et matériaux papier, le plastique, le textile, le bois non traité, qui peuvent être triés sur le chantier, et enfin 5% sont des déchets spéciaux, comme les peintures, solvants ou bois traités, à gérer avec précaution afin d’éviter toute pollution (source : Erik Niemann, L’Energie grise dans la filière BTP).

On sait que les déchets sont triés et traités, mais pour avoir un impact sur l’énergie grise consommée, c’est à la base qu’il faut agir, autrement dit avant même l’acte d’achat du matériau : à la conception de la construction. En termes d’isolation par exemple, l’énergie grise du chanvre est de 40 kWh/m3, quand elle est de 250 kWh/m3 pour de la laine de verre, sans parler d’efficacité thermique ! Les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas comparables entre un produit complexe et manufacturé et une fibre naturelle qui requiert peu de transformations. Les matériaux d’isolation et de construction peu consommateurs d’énergie grise sont notamment le chanvre, la paille, le bois, la laine de mouton, la ouate de cellulose ou la terre. Attention cela dit, si la terre est un matériau de construction ou d’enduisage peu consommateur d’énergie grise, ce n’est pas le cas des briques en terre cuite, pour lesquelles plus la cuisson est élevée, plus l’émission de gaz à effets de serre est importante !

Tant que les informations de ce genre ne seront pas visibles facilement, il ne faut pas hésiter, dans le cadre d’une construction écologique véritable, à se faire accompagner. Concevons donc des bâtiments basse consommation (BBC) en énergies « classiques », et surtout basse consommation en énergie grise !


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2 réponses to "L’énergie grise, la partie cachée de l’iceberg vert…"

  1. Bonjour,

    Suite à la lecture de cet article, je me demande où l’on peut trouver les informations sur l’énergie grise de certains matériaux par exemple pour les matériaux de construction tels que le béton, la pierre, la brique… et quelles sont vos sources pour les valeurs sitées dans l’article?

    Merci

  2. Francine >

    Bonjour !
    La littérature sur la question de l’énergie grise des matériaux est de plus en plus accessible, notamment sur le web et il existe quelques ouvrages de référence abordant cette question.

    Nous sommes basés sur plusieurs sources :
    INIES http://www.inies.fr
    ACERMI http://acermi.cstb.fr
    Oikos http://www.oikos.asso.fr
    Initiative :http://www.isolonslaterre.org
    L’isolation écologique par JP OLIVA édition Terre Vivante

    Si vous contactez l’espace info énergie près de chez vous http://www.ademe.fr/particuliers/PIE/InfoEnergie.html, il devrait pouvoir vous fournir les chiffres que vous souhaitez (disons que dans l’idéal il faudrait prendre en compte votre localisation car l’énergie grise prend en compte le transport du matériau).

    Merci !

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